Si je vous dis « sécurité au travail », vous pensez probablement aux règlements, aux équipements de protection et aux formations obligatoires. Pourtant, la manière dont un pays gère la sécurité ne repose pas uniquement sur des lois : c’est aussi une question de mentalité, d’habitudes et de culture.
Pourquoi la Norvège ou la Suède enregistrent-elles moins d’accidents que d’autres pays pourtant très industrialisés ? Pourquoi le Japon excelle-t-il dans l’application des consignes de sécurité ? C’est ce que nous allons analyser ci-dessous.
- La Scandinavie entre responsabilisation et confiance
Les pays nordiques (Suède, Norvège, Danemark, Finlande) affichent pour certains des taux d’accidents du travail les plus bas au monde. Pourquoi ? Parce qu’ils misent sur la responsabilisation des employés plutôt que sur une autorité rigide.
Au lieu d’imposer des règles d’en haut, les employés sont encouragés à signaler eux-mêmes les dangers et à proposer des améliorations. Plutôt que de surveiller ou de sanctionner, les entreprises responsabilisent leurs salariés. Un employé qui se sent libre d’exprimer ses inquiétudes contribue à la sécurité collective.
Les horaires flexibles en Suède peuvent également jouer un rôle : la semaine de quatre jours est testée dans plusieurs secteurs. Moins de stress, plus de concentration… et donc moins d’accidents.
À noter qu’en Suède, le taux d’accidents mortels au travail est de 1,2 pour 100 000 travailleurs, contre 3,5 en France (source : Eurostat, 2022).
- Le Japon et la discipline
Le Japon est connu pour sa rigueur et son souci du détail. En matière de sécurité, il applique les mêmes principes : discipline, formation intensive et répétition.
Dans de nombreuses entreprises japonaises, les salariés répètent à voix haute les consignes de sécurité avant de commencer une tâche. Objectif ? Ancrer les règles dans leur mémoire et éviter les erreurs. C’est ce qu’ils appellent la culture du « Yomi Yomi », qui signifie « lire » et « décrypter ».
Dès l’école, les enfants participent à des exercices d’urgence (tremblements de terre, incendies, évacuations…), une habitude qui se prolonge tout au long de la vie. Ils sont également motivés par la politique du « Kaizen », où les employés sont encouragés à améliorer constamment leur environnement de travail pour le rendre plus sûr.
Dans le secteur industriel japonais, les accidents du travail ont chuté de 30 % en 20 ans grâce à cette rigueur (source : Ministère de la Santé du Japon).
- France et Pays Latins : une sécurité plutôt réglementaire
En France, en Espagne ou en Italie, la sécurité est très encadrée par la loi. Chaque entreprise doit remplir des documents (DUERP, audits, formations obligatoires…). Mais est-ce suffisant ?
Beaucoup de salariés perçoivent la sécurité comme une contrainte administrative plutôt qu’une réelle priorité. Dans certaines entreprises, la peur de la hiérarchie empêche les employés de signaler des risques, par crainte de « faire des vagues ».
Cependant, de plus en plus d’entreprises adoptent une approche plus participative, inspirée des modèles scandinaves.
La France enregistre 600 000 accidents du travail par an, soit une fréquence trois fois plus élevée qu’en Norvège (source : INSEE, 2023).
Ce que l’on peut en tirer :
Il faudrait donc encourager la responsabilisation des salariés et la culture du dialogue, au lieu d’imposer uniquement des règles. Il serait également pertinent d’introduire des routines de sécurité plus engageantes (répétition des consignes, formations plus immersives).
Tout en conservant un cadre réglementaire strict, il est essentiel de le combiner avec plus de communication et d’autonomie.
Finalement, la sécurité au travail ne dépend pas uniquement des lois, mais aussi de la manière dont les employés et les entreprises se l’approprient.